Favoriser l’apprentissage en stage | Trois stratégies d’élaboration d’explications

Dans un article précédent, nous nous sommes penchés sur le rôle décisif que jouent les croyances des stagiaires en leur propre capacité. Aujourd’hui, nous traiterons encore une fois de l’apprentissage à l’aune des principes neuroéducatifs énoncés par Steve Masson, conférencier de la prochaine Journée de l’enseignement du CIUSSS-EMTL. Portons notre attention sur l’intérêt dans lequel réside le fait d’élaborer des explications, et plus particulièrement sur les stratégies à proposer aux stagiaires pour améliorer leur apprentissage.  

Au XVIème siècle, dans sa lettre rédigée à l’intention de la comtesse de Gurson, Michel de Montaigne témoignait de sa préférence pour « une tête bien faite [plutôt] que bien pleine » lorsqu’il est question de l’éducation des enfants.1 Encore aujourd’hui, cette injonction à diminuer le bourrage de crâne des apprenants perdure et met en opposition une éducation traditionnellement axée sur la mémorisation d’informations (« homme savant ») et une éducation désormais axée sur le développement d’un savoir-agir (« habile homme »). Dans l’ouvrage Activer ses neurones : pour mieux apprendre et enseigner, Steve Masson énonce des faits permettant de concilier les deux visions.2  

Dans le chapitre 4 intitulé « Élaborez des explications », le neuroscientifique réfute l’idée qu’il faille d’abord connaître des informations sur un sujet donné pour ensuite seulement le comprendre. C’est plutôt une dynamique itérative, voire symbiotique qui est à l’œuvre, dans la mesure où « comprendre, c’est-à-dire être capable d’élaborer des explications en établissant des liens entre les connaissances, facilite considérablement l’encodage en mémoire, puis la récupération en mémoire future de l’information, ce qui à son tour facilite la compréhension… » (p. 89) Étonnamment, la mémorisation bénéficie donc de la compréhension, et vice versa, étant donné que le simple fait de se questionner ou de s’autoexpliquer, c’est-à-dire de se poser des questions à soi-même et d’y répondre, accroît la mémorisation des informations ou des concepts sur lesquels portent ces actions.  

Si vous vous questionnez sur la manière dont l’élaboration d’explications peut contribuer positivement à l’apprentissage de vos stagiaires, nous vous invitons à vous poser les questions suivantes : 

  • « Mes stagiaires doivent-ils s’approprier une grande quantité d’informations afin de mener à bien leur stage? » 
  • « Y a-t-il des écarts importants entre les connaissances attendues pour la réussite du stage et les connaissances actuelles de mes stagiaires? » 
  • « Le temps me manque-t-il pour concevoir, déployer ou effectuer des activités pédagogiques ou un parcours de formation? » 

Si vous avez répondu «oui» à l’une ou l’autre de ces questions, les bienfaits du questionnement et de l’autoexplication sur l’apprentissage méritent d’être explorés. Vous pouvez bien entendu suggérer à vos stagiaires de se questionner, de s’autoexpliquer. Toutefois, puisque ces stratégies ne sont pas naturelles pour toutes et tous, voici trois outils ou activités pédagogiques à leur proposer afin de les encadrer dans leur objectif de tirer profit du principe d’élaboration d’explications. 


Carte conceptuelle  

Illustration tirée de Masson, 2020, p. 101

Une carte conceptuelle représente graphiquement des concepts et des idées ainsi que les relations entre eux. Elle se compose de nœuds (mots-clés ou concepts) reliés par des lignes ou des flèches pour illustrer les liens et les hiérarchies. Les cartes conceptuelles sont des outils puissants pour faciliter l’apprentissage en aidant à organiser l’information de manière claire et logique, à visualiser les relations entre les concepts et à stimuler la réflexion et la créativité des apprenants, et ce, dans la mesure où c’est l’apprenant lui-même qui les conçoit.3


Système de prise de notes Cornell

Le système de prise de notes Cornell se caractérise par une mise en page spécifique qui divise la page en trois sections : une colonne de notes, une colonne de questions et une zone de résumé en bas de la page.4 En demandant a posteriori à l’apprenant à se poser des questions par rapport aux notes prises, cela le contraint à élaborer des explications par rapport aux informations colligées, notamment en rédigeant des questions débutant par « pourquoi » ou « comment ». 

Pour plus de détails sur la méthode, cliquez ici


Pensée hexagonale

En tant que déclinaison ludique et collaborative de la carte conceptuelle, la pensée hexagonale vise à stimuler la réflexion et à encourager les apprenants à explorer un concept ou un problème sous différents angles par la discussion.5 En effet, les stagiaires doivent utiliser les hexagones pour représenter visuellement les liens unissant les différents concepts, avec comme objectif principal de justifier chacun des liens. Cette activité est particulièrement intéressante dans le cadre d’une supervision de groupe. 

Voici les tâches à réaliser pour mener à bien cette activité : 

Pour la personne superviseure : 

  1. Préparer les hexagones ou les cartes avec les concepts clés; 
  1. Guider les élèves dans l’organisation des hexagones. 

Au besoin, vous pouvez également suggérer des thèmes ou des liens à explorer ainsi que faciliter la discussion entre les apprenants. 

Pour les apprenants: 

  1. Manipuler les hexagones pour organiser les concepts en réseau de sens; 
  1. Discuter des connexions entre les hexagones; 
  1. Ajouter des hexagones supplémentaires, au besoin. 

Pour plus de détails sur la manière de mener à bien cette activité, cliquez ici (en anglais). 


Attention! Comme le souligne Steve Masson dans son ouvrage, une trop grande autonomie dans l’élaboration d’explications peut avoir des effets délétères. En combinant un contexte où la rétroaction immédiate n’est pas possible à une grande probabilité de voir émerger des explications spontanées basées sur des intuitions, par exemple lorsque de nombreux mythes et croyances sont entretenus à l’égard de ces concepts, on obtient la recette idéale pour ancrer en mémoire des informations erronées. Le principe d’élaboration n’est pas une panacée, c’est à vous de juger de son utilité.

Si vous souhaitez en connaître davantage sur les données probantes utilisées pour démontrer l’effet qu’a l’élaboration d’explications sur l’apprentissage, nous vous invitons à approfondir le sujet grâce à cette capsule synthèse animée par Steve Masson

Références :

1 Montaigne, M. (2004). Essais – version bilingue. Paris, Hachette Livre. 

2 Masson, S. (2020). Activer ses neurones : Pour mieux apprendre et enseigner. Paris, Odile Jacob. 

3 Karpicke J. D., Blunt J. R., « Retrieval practice produces more learning than elabo-rative studying with concept mapping », Science, 2011, 331 (6018), p. 772-775. 

4 Leblanc, P. (2020, October 30). Prendre des notes selon la méthode Cornell. Université De Sherbrooke. https://www.usherbrooke.ca/etudiants/actualites/soutien-apprentissage/details/43847

5 Gonzalez, J., Potash, B. (2020). 154: Hexagonal Thinking: A Colorful Tool for Discussion [Podcast audio]. Cult of Pedagogy. https://www.cultofpedagogy.com/hexagonal-thinking/

Par Marc-Olivier Brassard

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