La santé mentale des personnes stagiaires

La santé mentale des personnes étudiantes soulève des préoccupations majeures : selon un rapport de la FAECUM (2016), 64 % des étudiantes et étudiants de l’Université de Montréal présentaient un niveau de détresse psychologique modéré à élevé. Cette détresse s’inscrit dans un contexte de vie marqué par l’incertitude quant au choix de carrière, à la pression de la performance, aux contraintes financières et à d’autres stresseurs importants — autant de réalités vécues par celles et ceux que nous accueillerons prochainement en stage.

Dans le domaine de la santé et des services sociaux, une grande proportion des stagiaires proviennent de programmes en relation d’aide. C’est dans cette perspective que l’équipe de recherche composée de Turgeon, Thouin, Ayotte, Marion, Vaillancourt, Nault-Brière et Plusquellec cherche à mieux comprendre les facteurs qui influencent la santé psychologique des étudiantes et étudiants en relation d’aide, ainsi qu’à identifier des pistes d’actions concrètes. Pour ce faire, une approche qualitative a été mobilisée, incluant des groupes de discussion réunissant 74 étudiantes en psychoéducation, ainsi que des personnes membres du personnel enseignant, de soutien et œuvrant en supervision de stage (Turgeon et al., 2023). À partir des entretiens réalisés, les facteurs influençant la santé mentale des personnes étudiantes ont été regroupés selon une approche systémique inspirée du modèle écologique de Bronfenbrenner (Turgeon et al., 2023). Ces facteurs reflètent l’interaction dynamique entre les caractéristiques personnelles, les environnements de vie, la culture institutionnelle, les enjeux sociétaux et les périodes de transition (Brofennbrenner, 1977).

Facteurs favorables

La santé mentale des étudiants en relation d’aide peut être positivement influencée par plusieurs éléments. Parmi ceux-ci, on retrouve la capacité à prendre du recul, l’accès à un réseau de soutien social (amis, famille, groupes étudiants), ainsi que la possibilité de se consacrer pleinement aux études sans avoir à occuper un emploi. Un environnement de stage sécuritaire, structuré et bienveillant ainsi qu’un accompagnement empreint d’empathie, de savoir-être et de rétroaction constructive sont également déterminants. L’enthousiasme envers la profession, la reconnaissance des exigences élevées du programme, l’équilibre entre les différentes sphères de vie, la participation à des activités sociales, ainsi que la disponibilité de ressources en santé psychologique, contribuent également à un mieux-être global. Le stage, perçu comme une pause du cadre académique, représente une occasion privilégiée de mise en pratique des apprentissages et de projection vers l’avenir professionnel.

Facteurs défavorables

À l’inverse, certains éléments peuvent nuire à la santé mentale des étudiants. Sur le plan personnel, une exigence excessive envers soi-même, la peur de l’erreur, l’anticipation de l’inconnu ou encore le doute quant au choix de carrière sont fréquemment rapportés. La difficulté à concilier les études, le travail et la vie personnelle constitue également un enjeu majeur. D’autres facteurs incluent un manque de clarté dans la communication des attentes en stage, une perte de sens liée à un apprentissage perçu comme purement instrumental, ainsi qu’un déficit d’autonomie. La méconnaissance des services de soutien psychologique disponibles et la contagion des émotions négatives entre pairs aggravent ces difficultés. Enfin, un tabou persistant autour de la santé mentale, alimenté par la croyance en une dichotomie entre soignant et soigné, freine le recours à l’aide professionnelle.

Pistes d’action

L’étude propose plusieurs leviers d’intervention. Tout d’abord, il est essentiel de mieux faire connaitre l’offre de services en santé psychologique destinée aux étudiants. L’organisation d’activités sur l’heure du midi, telles que des ateliers sur la gestion du stress, peut également s’avérer bénéfique. Au sein du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, des ressources accessibles via l’extranet — les « midis à savoir » ou encore l’application de santé mentale du CETI-SMDI — peuvent être mises à disposition dès le début du stage. En tant que superviseur, vous avez un rôle clé à jouer : offrir un encadrement porteur de sens, favoriser la congruence professionnelle et soutenir les stagiaires en difficulté sont autant de moyens de prévenir l’épuisement professionnel (Paulus, 2020). Enfin, il convient de rappeler que, selon l’Organisation mondiale de la santé, la santé ne se limite pas à l’absence de maladie, mais correspond à un état complet de bien-être physique, mental et social.

Bibliographie 

Bronfenbrenner, U. (1977). Toward an experimental ecology of human development. American Psychologist, 32(7), 513-531.

Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (2016). Enquête sur la santé psychologique étudiante. FAÉCUM.

Paulus, A. (2020). Le rôle modérateur de la congruence au travail dans le lien entre les difficultés de régulation émotionnelle et l’épuisement professionnel. [thèse de doctorat]. Université de Montréal. Scholaris. http://umontreal.scholaris.ca/server/api/core/bitstreams/11380b3d-e796-4bed-9ed8-2a2acaf4ca56/content

Turgeon, L., Thouin, É., Ayotte, E., Marion, É., Vaillancourt, J., Nault-Brière, F. & Plusquellec, P. (2023). Étude qualitative sur la santé psychologique d’étudiantes en psychoéducation. Revue de psychoéducation, 52(1), 190–220. https://doi.org/10.7202/1099293ar

Par Katherine Dion

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